Présentation

 

Le thème choisi pour ce 5ème forum a provoqué l'étonnement de nos habituels participants : en effet, après avoir exploré :

la formation tout au long de la vie,

la sécurisation des parcours professionnels,

la valeur ajoutée de la formation et,

la formation : entre marché et service public,

nous avons choisi une focale plus large qui veut prendre en compte ces trois sphères imbriquées que sont le travail, l'emploi et la formation.

 

L'objectif depuis 5 ans est bien de prendre un temps de réflexion et de construire une culture commune en confrontant nos réflexions à celles de chercheurs, d'universitaires, de praticiens pour mieux comprendre les enjeux et saisir les opportunités;

nous avons donc voulu cette année réfléchir sur la crise comme opportunité pour un renouveau des pratiques sociales dans les entreprises . Quels outils pour un monde du travail plus humain ?

 

Nous sommes en effet encore dans le maelström de la crise. Nous prendrons en compte ici les aspects sociaux de la crise, même s'il est entendu qu'il s'agit d'une crise globale et multiforme, nous n'avons pas ici la prétention de tout traiter.

La crise a été, et est encore terrible sur le plan social : nous avons vu les entreprises tomber, les licenciements et les heures de chômage partiel exploser, et nous voyons chaque jour des titres de journaux qui nous désolent comme l'annonce récente de 600 000 demandeurs d'emploi qui ne seront plus couverts ni par l'assurance chômage ni par l'ASS.
Nous avons vu aussi la radicalisation des mouvements syndicaux, la colère s'exprimer envers les acteurs financiers, les chefs d'entreprise mais aussi envers les politiques.

 

La crise suscite l'inquiétude et c'est normal : nul ne peut dire quand nous en sortirons, le chômage frappe chaque famille, l'insertion est plus longue et plus difficile, chacun s'inquiète pour ses enfants et ceci se combine à la peur du déclassement des classes moyennes qu'Éric Morin a décrit et à une politique de repli sur soi prônée par ceux qui portent le thème de l'identité nationale.

Si nous acceptons cette vision des choses, nous pouvons craindre pour notre capacité à nous relever mais aussi globalement pour la démocratie.

 

L'économiste Yann Algan a démontré le lien entre confiance et croissance. La confiance est en effet la base de tout échange. Nous sommes dans une période où la défiance est omniprésente aussi bien dans nos relations personnelles- seul un français sur 5 considère pouvoir faire confiance spontanément à quelqu'un - mais aussi dans nos relations de travail que ce soit envers les entreprises qu'envers les syndicats . La défiance a un coût humain mais aussi économique : tout échange est basé en effet sur la confiance.

 

La méfiance s'exprime envers le management, tout d'abord et, le salaire affiché de certains patrons contribue à renforcer cette attitude. Cependant, nous savons qu'il faut relativiser ce phénomène : plus un patron est éloigné et plus la méfiance s'exprime; nous avons ici une majorité de TPE et PME dont les patrons souhaitent avant tout garder les compétences pour assurer l'avenir. Certains n'hésitent pas à se remettre en question et à venir chercher de l'aide auprès des pouvoirs publics pour sauver les emplois. Le recours au chômage partiel n'a jamais été aussi important qu'en 2009, c'est sans doute un signe d'une prise de conscience de la valeur de la ressource humaine même si jamais le stress et la souffrance au travail n'ont été aussi présents.

Monsieur Cholley nous dira, tout à l'heure, s'il voit, grâce à la crise, l'avènement d'un nouveau manager qui serait porteur de valeurs comme la reconnaissance, la participation, le dialogue social.

 

La méfiance s 'exprime aussi envers la représentation du personnel . Les salariés ne croient plus en leur capacité à agir et se réfugient dans des formes d'action désespérées et souvent violentes . Sans doute, faut il réfléchir à de nouvelles formes de dialogue social, à une véritable représentation dans les TPE. Certains sont allés jusqu'à l'idée du chèque syndical pour renforcer le taux de syndicalisation et rééquilibrer le dialogue. C'est un thème qui pourra être débattu lors de la table ronde animée par Guillaume Duval du journal « Alternatives Économiques »

 

La formation, aussi, engendre la méfiance de ceux qui ont été en échec scolaire et de ceux qui la considèrent comme un sas vers un licenciement . Cependant, c'est un outil, semble t il, de plus en plus utilisé pour assurer la sécurité des trajectoires professionnelles et que nous avons fortement mobilisé, à la fois dans des situations où il fallait assurer la continuité du contrat de travail en complément d'une baisse d' activité ( charte d'engagement contre la crise signée avec l'État et les partenaires sociaux )ou dans l'attente d'un redémarrage (Heuliez ) mais aussi, pour accompagner le développement économique des territoires ou la reconversion des hommes et des femmes, nous espérons que cette utilisation perdurera après la crise.

Pour restaurer vraiment la confiance, il faudra aussi que les organismes de formation évoluent et se mettent en capacité d'enfin répondre à la demande des personnes . Nous les accompagnons dans le cadre du service public régional de formation qui non seulement leur donne un cadre sécurisant pour innover mais aussi propose des actions de formation sur l'ingénierie pédagogique .

La table ronde de cet après midi devrait éclairer le sujet .

 

Et bien sûr, le sujet de la confiance s'applique aussi au champ politique : on reproche aux hommes politiques leur inaction face à l'économie: en effet, quand on voit que rien n'est fait pour empêcher la délocalisation de Renault après que l'État lui ait donné des aides conséquentes pour lui permettre de traverser la crise,il peut y avoir de la méfiance qui s'installe; Yann Algan dit que nous devons tenter de restaurer la confiance par des politiques plus égalitaires et plus transparentes, mais aussi en développant la coopération.

La Région a en effet mis en place un pacte de confiance avec les entreprises qu'elle aide en obligeant à restituer les aides reçues en cas de délocalisation .

Mais, la promotion de nouvelles formes d'entreprise dans le cadre de l'économie sociale est aussi un des moyens de renouveler les pratiques sociales et de construire une économie à la fois efficace et pertinente. Les intervenants , cette après midi pourront éclairer ces aspects et peut être irons nous jusqu'à parler de « social business ». L'éclairage de monsieur BoubaOolga sur ces aspects clôturera nos réflexions .

 

Chacun sait que l'idéogramme chinois signifiant crise est formé du signe du risque et de celui de l'opportunité .

Il est temps d'aborder le côté « opportunité » de la crise et de voir ce qui change, ce qui peut évoluer dans notre environnement immédiat de travail, ce que les chefs d'entreprise peuvent mettre en œuvre, comment les syndicats peuvent intervenir, comment la formation peut être utilisée , comment d'autres formes d'interventions économiques peuvent être développées.

En effet, c'est peut être le moment de faire accepter le changement ; Jean Monnet disait : « les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise »

Nous devons restaurer la confiance et utiliser tous les outils à notre disposition

La crise ne générera du positif que si nous y injectons notre volonté de changement .

Enfin, j'ai envie de dire comme Apollinaire : « il est grand temps de rallumer les étoiles ».

 

 

Par Brigitte TONDUSSON - Publié dans : Mes interventions
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